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Syrie : « Construire l’avenir en éduquant ensemble les enfants de toutes les confessions »

10/05/2012

Pour le religieux jésuite, qui vit dans la ville syrienne de Homs ravagée par les combats, il faut s'appuyer sur la nouvelle génération

Père jésuite Ziad Hilal, Homs, Syrie (Photo: Jacques Berset)

Père jésuite Ziad Hilal, Homs, Syrie (Photo: Jacques Berset)

« Nous voulons construire l’avenir du pays en éduquant ensemble les enfants de toutes les confessions« , confie le Père Ziad Hilal, de passage en Suisse. Pour le religieux jésuite, les responsables politiques, tant au niveau du régime en place que de l’opposition, sont irréconciliables. « Ils sont jusqu’au-boutistes et ne cherchent que le pouvoir. Autant alors mettre l’accent sur la nouvelle génération! »

Avec l’arrivée des observateurs de l’ONU et le cessez-le-feu en vigueur depuis le 12 avril dernier, les combats sont théoriquement suspendus, mais les accrochages font encore tous les jours des victimes. « La décision de cesser la lutte ne pourra venir que d’une décision politique bien fondée afin de sauver le pays », affirme le religieux qui vit au cœur de Homs, une métropole industrielle de plus d’un million d’habitants dans le centre-ouest de la Syrie. Le Père Ziad – qui vivait avec le Père Frans van der Lugt, à la Résidence des Père jésuites de Homs, dans l’ancien quartier chrétien de Bustan al-Diwan, aujourd’hui vidé de sa population chrétienne (sauf quelques familles), s’est déplacé dans le quartier d’al-Adawya/al-Nouzha.

La violence vient de tous les côtés

Le jeune jésuite -- il a été ordonné prêtre le 30 juillet 2010 à Damas – s’abstient de toute prise de position partisane, car, relève-t-il, la violence, pour le moment, ravage la ville de Homs. « Moi, je suis pour la paix, je ne m’occupe plus de politique. Ma priorité, outre l’aide humanitaire aux populations qui souffrent de la situation, se porte sur l’éducation des enfants: nous devons former une nouvelle génération et l’éduquer afin de faire baisser la tension interconfessionnelle. Il faut la sensibiliser à l’esprit d’ouverture aux autres…« 

En effet, remarque le religieux, les préjugés entre les communautés sont tenaces. « Dans cette société patriarcale, les gens sont peu ouverts, on ne se fréquente pas hors du groupe… Je veux favoriser le dialogue horizontal entre les gens, afin qu’ils se connaissent et se comprennent. C’est seulement ainsi que l’on peut bâtir l’avenir de ce pays ».

Les combats dans la partie Est-Centre et Nord de la ville de Homs ayant provoqué le déplacement des habitants, les écoles sont fermées depuis plusieurs mois dans ces « quartiers chauds ». Les enfants ne vont plus en classe et demeurent cloîtrés à la maison, en regardant la télévision ou écoutant les bavardages des adultes.

« Qu’ils soient chrétiens, sunnites ou alaouites, on ne fait aucune différence » Le Père Ziad a donc décidé d’engager de jeunes diplômés universitaires sans travail pour donner classe à ces enfants. Il salarie actuellement plus de 30 éducateurs pour son école, qu’il a baptisée « Centre éducatif Saint-Sauveur ». Elle est située à côté de l’église du même nom (qui a reçu une bombe, il y a un mois, causant un trou dans le toit). « C’est un rayon de lumière dans cet enfer, une grande espérance… Nous scolarisons déjà 150 enfants et dans quelques jours, nous rêvons d’arriver à 200 élèves. Qu’ils soient chrétiens, sunnites ou alaouites, on ne fait aucune différence ».

Les enfants sont également nourris: le Père leur fournit du lait, des sandwichs, des fruits. Actuellement, il distribue, avec un groupe de religieux et de jeunes, grâce aux dons venus de Caritas, de l’Oeuvre d’Orient et de bienfaiteurs, des paniers d’aliments pour un millier de familles à Homs et dans les villages de la campagne aux alentours de la ville. Depuis juillet 2011, les combats font rage dans certains quartiers, transformés en champs de bataille, où les bâtiments ne sont plus que ruines.

Les rues remplies d’ordures et de débris, coupées par des barrages de la dite « Armée syrienne libre » (ASL) ou par des barrages de l’armée officielle, sont un véritable no man’s land que personne n’ose pénétrer. Cela rend la vie et la circulation assez difficiles: « Pour aller de notre maison d’al-Nouzha à la résidence des jésuites de Bustan al-Diwan, en temps normal, le trajet se fait à vélo en quelques minutes. Maintenant, je dois faire un immense détour en voiture, pour éviter d’entrer dans le champ de bataille. Plus personne ne passe directement, car la rue est prise pour cible. Avec le Père Frans, nous avons décidé de rester, quoi qu’il arrive, car ce sont les gens, surtout les enfants qui comptent. Personnellement, je me fiche de mon avenir, je vis le moment présent. C’est vrai que j’ai frôlé la mort à plusieurs reprises, mais j’ai l’habitude. De toute façon, c’est Dieu qui me sauve!« , lance-t-il dans un excellent français.

Les médias sont des facteurs de division et de haine

Le Père Ziad ne craint pas de passer des quartiers contrôlés par l’armée syrienne à ceux qui sont tombés aux mains des rebelles. S’il a confiance dans l’avenir, il ne cache cependant pas une certaine crainte de voir les extrémistes prendre le dessus. Les médias ne sont pas en reste pour semer la division et la haine entre les communautés: « Les chaînes TV et les journaux sont devenus des agents instigateurs d’un parti contre un autre. Il n’y plus d’objectivité et la vérité a déserté l’image, l’écriture et la voix ».

Le visage démographique de la ville a changé: les chrétiens sont partis Depuis le début du conflit, Homs a pris un autre visage, marqué par les changements démographiques qui risquent d’être inéluctables: les quartiers de Bustan al-Diwan, al-Hamidiyyé et al-Arzoun, qui formaient autrefois des zones chrétiennes, se sont vidés de leurs habitants. « Il y avait à Homs peut-être 150’000 chrétiens. Plus de 80% sont partis à cause des combats, vers les montagnes, dans la ’Vallée des chrétiens’, à Damas, à Alep… » Le voisinage de ces quartiers a maintenant changé, les maisons abandonnées par les chrétiens sont désormais vides et ouvertes à tout vent. Cela va créer une situation difficile, car il n’y a plus aucune autorité pour régler les conflits qui vont immanquablement surgir.

 

Fribourg/Homs, 9 mai 2012 (Apic)

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