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Mgr Gollnisch : « Il faut neutraliser au plus vite Daech et Al-Qaida »

12/01/2016

Pour Mgr Pascal Gollnisch, l’aide apportée ponctuellement à Madaya ne suffit pas : « il faut que le Conseil de sécurité de l’ONU agisse d’urgence ». Il faut trouver une solution double, politique et militaire, pour rétablir la paix en Syrie.

Mgr Gollnisch

Mgr Gollnisch

Une interview de Mgr Pascal Gollnisch publiée dans la Croix

La Croix : Comment expliquez-vous qu’il ait fallu attendre si longtemps pour qu’une action humanitaire soit déclenchée dans cette ville de Madaya assiégée par l’armée syrienne depuis six mois ?

Mgr Pascal Gollnisch : Ce qui m’étonne, c’est qu’on ne réagisse pas davantage ! Certes, c’est une bonne chose que de l’aide soit enfin envoyée mais pourquoi faut-il attendre si longtemps pour cela ? D’autant plus qu’il n’y a pas que les 25 000 habitants de Madaya (encerclés par les forces loyales à Bachar Al Assad) qui sont nécessiteux. Outre les milliers d’habitants des villages de Foua et Kefraya (assiégés par des groupes rebelles) dans la province d’Idlib et qui meurent de faim depuis six mois, il y a tous les Syriens qui vivent des situations quotidiennes extrêmement douloureuses.

C’est d’ailleurs ce qu’a dit le patriarche maronite, Bechara Raï, dans son homélie dimanche à Beyrouth en rappelant que « la société internationale n’a pas le droit de ne pas déployer toutes ses forces pour faire parvenir rapidement les aides à ceux qui meurent de faim ou sont utilisés comme des boucliers humains ». Cette guerre civile en Syrie a déjà fait plus de 250 000 morts ! Quand on voit l’émotion légitime soulevée en France pour une centaine de morts, on se dit qu’en comparaison, il devrait y avoir un immense soutien populaire face à la situation terrible des Syriens.

Et que faire pour arrêter cette guerre civile ?

Mgr P. G. : Il y a deux actions à mener parallèlement, l’une est politique, l’autre militaire. Il faut un vrai projet politique pour proposer une solution aux sunnites et aux Kurdes pour le jour où ils ne seront plus sous le contrôle de Daech. Envisager de les remettre sous l’autorité de Damas serait absurde. Il faut donc leur accorder une autonomie régionale suffisante – un peu comme cela s’est fait pour le Kurdistan irakien – en attendant une voie politique définitive pour la Syrie. Laisser aux régions sunnites et kurdes une certaine autonomie éviterait la partition de la Syrie et serait une solution d’avenir pour ce pays qui serait protégé des revendications de Daech et Al-Qaida.

Et sur le plan militaire ?

Mgr P. G. : Il faut neutraliser au plus vite Daech et Al-Qaida. Mais s’il n’y a pas de projet politique, l’action militaire ne servira à rien. La situation dans les villes syriennes sera de plus en plus abominable si on n’agit pas immédiatement pour faire cesser cette guerre civile. Et pour cela, la communauté internationale, qui ne s’est pas beaucoup bougée jusqu’à présent, doit se mobiliser.

Que voulez-vous dire ?

Mgr P. G. : Je dis attention à ne pas restreindre les acteurs de la communauté internationale à la Turquie, à l’Iran et à l’Arabie Saoudite. On est en train de donner une légitimité à ces trois États, certes puissants dans la région, mais dont l’influence peut se révéler dangereuse. Si la Turquie rentre en Syrie, ce sera dramatique ! De même si l’Iran ou l’Arabie saoudite y entrent ! C’est au Conseil de sécurité de l’ONU de prendre les moyens d’une action réellement internationale et de faire en sorte que la Syrie ne soit pas transformée en champ de manœuvres de ces trois puissances.

Comment faire pression en ce sens sur le Conseil de sécurité ?

Mgr P. G. : Il faut que le Conseil de sécurité travaille rapidement sur des projets régionaux et les propose à la communauté internationale. Cela doit venir d’eux et non pas des quelques pays qui veulent prendre le pas dans la région. Cela suppose une action militaire rapide contre Daech, plus efficace que celles que l’on mène depuis un peu plus d’un an et qui n’a pas permis de recul significatif de l’État islamique. Or n’importe quel chasseur sait cela : quand un sanglier n’a été que blessé, il charge encore plus dangereusement… Plus on attendra pour prendre les moyens d’une neutralisation rapide de Daech, plus on s’expose à des attentats en Occident et ailleurs dans le monde.

Propos recueillis par Claire LESEGRETAIN

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