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Un Irakien en Iran – de Téhéran à Paris, rencontres avec Mgr Ramzi Garmou, évêque chaldéen de Téhéran

13/02/2017

Né à Zakho, en Irak, près de la frontière turque, le Père Ramzi Garmou, 73 ans cette année, a passé plus de la moitié de sa vie en Iran.

Envoyé en Perse comme prêtre, par sa hiérarchie en 1976, à l’âge de 32 ans, il n’en est plus reparti. Évêque chaldéen de Téhéran depuis février 1999, Mgr Garmou n’a plus que de rares contacts avec son pays d’origine : « Mes frères et mes sœurs se sont installés aux Etats-Unis. Je n’ai plus de famille en Irak. C’est à Téhéran, où je vis depuis plus de 40 ans, que je me sens chez moi. »

Que ce soit lors de notre première rencontre en 1999 à Téhéran, juste après sa nomination, ou lors de notre dernière entrevue, en novembre 2015 à Paris, la première question posée reste la même : peut-on vivre en chrétien en République islamique d’Iran ?

Sa réponse ne varie pas. « Le Pouvoir est bienveillant à l’égard des Eglises officielles (*1). En Iran, les chrétiens travaillent, étudient, élèvent leur famille. Et s’ils ne transgressent pas les limites permises, il leur est possible de vivre leur foi. »

Les limites ? Ne pas évangéliser. Ne parler de sa foi qu’à l’intérieur de son Église.

Ne pas célébrer en persan, la langue courante pratiquée et comprise en Iran (*2). Interdiction de recevoir un musulman dans les paroisses, notamment les convertis, sous peine du pire. Malgré les menaces et les persécutions, Ramzi Garmou confie que ces «renégats » passés au christianisme « se comptent pourtant, chaque année, par dizaines. Obligés de vivre dans la clandestinité, ils sont poursuivis par la police religieuse, menacés par leurs voisins, leurs collègues de travail, et parfois leurs familles. La plupart découvrent l’Évangile par la lecture des poètes mystiques persans, » précise l’évêque.

Autre problème : l’absence de collaboration et de solidarité entre les confessions chrétiennes, chaldéenne et arménienne notamment.

« L’Église d’Iran est composés de groupe fortement marqués par leurs caractéristiques ethniques, regrette le religieux. On vit replié sur nos communautés, renfermés sur nous-mêmes. On manque de souffle missionnaire. »
Chrétien minoritaire, toléré dans une république islamique, Mgr Garmou s’exprime toujours avec prudence pour décrire la situation des chrétiens d’Iran, pesant chaque mot pour ne pas exposer les communautés. Pourtant, lorsque l’injustice l’étouffe, il peut sortir de sa réserve. En octobre 2014, à la présentation à la presse du « Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde (*3) » à Paris, il se lève, se nomme, et s’emporte: « Personne n’ose dire que la politique de colonisation israélienne et l’extrémisme musulman se nourrissent l’un de l’autre. Et que les chrétiens en payent les conséquences. »

Sa sortie provoque la colère du grand rabbin de France, Haïm Korsia, contributeur à l’ouvrage, et présent ce soir-là dans la salle.
Irakien, Ramzi Garmou aime l’Iran. Il parle, mange et pense persan. Prêtre à la paroisse Sainte Marie Mère de Dieu durant plus de 20 ans, il a vécu heureux dans ce quartier de Téhéran, où, dit-il, « il n’a jamais rencontré la moindre difficulté avec ses voisins, même durant la guerre qui a opposé les deux pays, entre 1980 et 1988. »

Les chrétiens en Iran seraient moins de 100.000, toutes confessions confondues. Certaines sources descendent même le chiffre à moins de 60 000, avec une très forte majorité d’Arméniens. Difficile à vérifier en l’absence de recensement fiable, à laquelle s’ajoute une émigration continue. Rattachée à Rome, l’Église chaldéenne dont Ramzi Garmou est le pasteur, compterait environ 5000 membres. 5000 fidèles sur une population de près de 80 millions d’habitants, à 98 % musulmane…Comme pour atténuer la faiblesse de la statistique, Ramzy Garmou enchaîne immédiatement: « C’est par la force de son témoignage, la qualité de ses membres, son ouverture à la modernité que la présence de l‘Eglise reste indispensable en Iran. »
L’évêque de Téhéran met beaucoup d’espoir dans la jeunesse iranienne. Ces jeunes qui ont de plus en plus de mal a supporter les pressions et les diktats imposés par le régime des mollahs. Ces nouvelles générations qui protestent, se battent, et n’hésitent pas à descendre dans la rue comme en 2009, pour défier le pouvoir religieux. Conscientes de la richesse de leur culture, elles demandent juste le droit de vivre et de s’exprimer sans peur. Ce sont ces jeunes Iraniens qui changeront le pays et l’islam. Mrg Garmou en fait le pari.

Luc Balbont

(*1) Arménienne et chaldéenne
(*2) Les deux principales Eglises en Iran officient en arménien ou en chaldéen. Le persan, langue courante, reste interdit.
(*3) XO éditions

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