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Mgr Pascal Gollnisch : « À Mossoul, il faut sans tarder reconstruire les églises »

13/07/2017

Alors que la presse internationale et française célèbrent la libération de Mossoul, Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l'Œuvre d'Orient revient pour Famille Chrétienne sur cette libération et sur l'avenir du pays, en particulier pour les chrétiens.

Source : famille chrétienne

Comment réagissez-vous à l’annonce de la libération de Mossoul ?

D’abord, nous nous réjouissons du fait que les populations civiles qui subissaient depuis trois ans les horreurs de Daech sont enfin libérées. Elles comptent de nombreux morts et de nombreux blessés. Certains quartiers sont en ruines, notamment à cause des bombardements aériens. On peut dire que Mossoul est une ville martyre.

Ensuite, il faut être prudent car il y a encore des combats. Non pas que nous puissions craindre un retour organisé de Daech dans la ville, mais des terroristes peuvent ressurgir et faire de sanglantes représailles.

La reprise de Mossoul a-t-elle trop tardé selon vous ?

Évidemment ! Nous avons laissé pendant trois années Daech disposer de sommes considérables – grâce au pillage des banques de Mossoul -, d’armements tout aussi considérables, nous l’avons laissé bénéficier des ventes du pétrole et des céréales, monter un impôt révolutionnaire auprès des populations locales, disposer de camps d’entraînement et de recrutement de djihadistes, mettre en place des agences de presse et de communication… Tout cela me semble abracadabrantesque ! On a donné à Daech une puissance énorme qui lui a permis de se déployer, hier en Irak et en Syrie, aujourd’hui en Libye ou bien au Sinaï. Il aurait été plus simple de l’arrêter dès le début ! Mais cela n’a pas été possible car il n’y avait plus d’armée au sol capable de s’y opposer véritablement.

En ce sens, je considère que le départ des troupes américaines a permis le déploiement de Daech. Le choix du président Obama de faire rentrer « ses boys » au pays a été une erreur, quand bien même il s’agissait d’une promesse de campagne sur laquelle il s’était fait élire. Car autant j’aurais préféré que les Américains n’entrent pas en 2003 en Irak de la manière dont ils l’ont fait, autant je considère qu’à partir du moment où ils ont envahi ce pays, qu’ils ont détruit les structures de l’État et de l’armée, il ne fallait pas qu’ils se retirent comme ils l’ont fait. Quand on a tout cassé, c’est un peu rude de repartir en laissant tout à plat.

Peut-on espérer un retour des chrétiens à Mossoul ?

Cela me semble pour le moment prématuré même si cela doit être l’objectif à terme. Mais aujourd’hui, la situation n’est pas clarifiée. Les destructions et les haines qui peuvent exister à Mossoul ne permettent pas d’envisager immédiatement ce retour. En revanche, la question de la reconstruction des lieux de culte chrétiens se pose d’ores et déjà. Des mosquées ont été détruites mais aussi des églises. Or, je pense qu’il est absolument essentiel de commencer sans tarder à les reconstruire. Il y a là une exigence éthique et symbolique. Ces reconstructions seront d’ailleurs un excellent test : la population sunnite fera-t-elle ou non obstacle au rétablissement de la présence chrétienne dans la ville ?

Ne pensez-vous pas qu’à Mossoul, la confiance entre chrétiens et musulmans soit définitivement rompue ?

La confiance a été très abîmée. On entend effectivement beaucoup d’histoires sur des musulmans qui auraient pillé la maison de leurs voisins chrétiens. Cela est sans doute vrai. Mais on entend aussi des récits où des familles musulmanes auraient protégé des maisons chrétiennes. Il faut écouter, ne pas taire la vérité et travailler à la réconciliation. Les Irakiens sont un peu dans la même situation que les Français à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Je crois par ailleurs qu’il est très important de donner la parole aux populations sunnites qui ont subi les atrocités de Daech, pour montrer qu’eux aussi ont pu être les victimes du terrorisme djihadiste et que, s’il existe bien des difficultés dans les relations entre chrétiens et musulmans, c’est également le cas au sein de la communauté musulmane. Aussi, je considère que la façon dont va être accompagnée la population sunnite en Irak sera déterminante pour l’avenir du pays.

C’est-à-dire ?

La question de la place des sunnites dans l’Irak de demain est un élément clé pour la pacification du pays. Cette population a enduré Daech durant trois ans. Mais il faut aussi rappeler que ce sont les notables sunnites qui ont ouvert les portes à l’organisation en 2014 à Mossoul. Pour ne pas voir arriver dans les prochaines années un deuxième puis un troisième « Daech », il est nécessaire de briser les raisons qui poussent ces populations à accepter l’arrivée de telles organisations. Il faut donc redonner aux sunnites des pistes pour qu’ils n’aient plus recours à la violence.

Aujourd’hui, on peut se demander si on va pouvoir éviter des règlements de compte entre sunnites et chiites. À Mossoul, on a certes gagné la guerre mais pas encore la paix. Est-ce que des prophètes se lèveront pour pacifier les relations ?

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