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La francophonie porte le meilleur de l’idéal français, une ouverture à l’universel, discours d’ouverture du colloque de Mgr Gollnisch

13/04/2018

"Je sais que vous avez le souci de transmettre aux générations, au-delà d’un savoir-faire et même au-delà d’une culture, des valeurs, un véritable goût de la liberté, de la confiance et un goût de l’action"

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Béatitude,

Monsieur le représentant de la République du Liban,

Monsieur le ministre,

Monsieur l’Ambassadeur de France,

Excellence,

Messieurs,

Chers Pères, chers frères et sœurs et chers amis,

Je voudrai si vous le voulez bien commencer par remercier le Secrétariat général de l’Enseignement catholique au Liban, qui d’une certaine manière, a permis l’organisation de ce colloque et qui n’a pas ménagé sa peine pour cette bonne réussite. Merci mon Père. Je voudrai aussi remercier de sa présence monseigneur le chargé d’affaire de la nonciature apostolique qui représente ici le Saint Siège. Je voudrai vous remercier tous d’être présents. C’était émouvant pour moi de vous accueillir au seuil de ce palais des Congrès, vous accueillir me souhaitant la bienvenue au Liban. Pour moi c’est toujours très dur quand je viens au Liban, parce que si je visite à chaque fois quelques communautés, je vois aussi beaucoup de gens qui me disent vous ne venez pas chez nous. Malheureusement je ne peux pas rencontrer tout le monde à chaque voyage, et croyez-moi je le regrette. Mais peu à peu à chaque voyage je suis de plus en plus familier des communautés qui sont ici au Liban. Je suis aussi désireux d’exprimer ma reconnaissance à mes collaborateurs de l’Œuvre d’Orient qui ont organisé ce colloque, spécialement à Michel et Marie qui ont aidé à la réussite de ce colloque.

Au moment où nous nous rencontrons, chers amis, nous savons que les temps que nous vivons ici dans cette région sont durs, nous entendons avec anxiété et perplexité les questions de frappe en Syrie et d’interventions multiples dans ce pays.

Nous connaissons les conflits, leur dureté, les familles qui sont durement touchées, les victimes, les blessés, les familles endeuillées, les personnes qui ont perdus leur travail, leur maison. Nous connaissons les incertitudes politiques qui créent une certaine instabilité pour les fidèles qui ne savent plus où est leur devenir.

Nous sommes les témoins des crises économiques qui frappent aussi durement les populations et parfois les plus pauvres. Nous sommes témoins de la lassitude et de la fatigue des populations qui en ont assez de ces conflits qui ne mènent à rien. Nous sommes témoins dans beaucoup d’endroits des droits bafoués, de la corruption, et parfois de la résignation désabusée que tout cela peut engendrer. Nous sommes bien sur les témoins des idéologies fondamentalistes, nourrissant des attitudes plus ou moins violentes, et parfois extrêmement violentes, comme vous le savez mieux que moi.

Depuis 1856 l’Œuvre d’Orient est aux cotés des chrétiens d’Orient car elle sait que ces derniers sont acteurs de paix, ils sont porteurs d’une culture. L’Œuvre d’Orient n’oublie pas qu’elle s’appelait à ses débuts l’Œuvre des Écoles d’Orient, et elle a toujours été bousculée par les épreuves de l’Orient chrétien depuis le massacre des maronites en 1860, jusqu’à nos jours. Elle a toujours essayé de s’adapter aux situations nouvelles ainsi nées des évènements. Nous vivons notre troisième colloque pour la francophonie des établissements catholiques du Proche-Orient. Les deux premiers colloques ont eu lieu à Paris, ils ont permis l’état des lieux, l’état des besoins, et d’entendre les motivations des uns et des autres à préserver la francophonie.

Je vous salut tous, vous bien sur qui êtes du Liban, mais je vous salue vous qui êtes venus de l’Égypte, je vous salue vous qui êtes venus depuis la Jordanie, depuis la Terre Sainte, Israël et Palestine, depuis la Syrie tant aimée et tant meurtrie, depuis la Turquie, et bien d‘autres endroits. Nous savons aussi l’importance de la francophonie renouvelée en Iran, même s’il n’y a pas encore d’établissement d’enseignement. Nous savons que l’enseignement du français y trouve un regain d’intérêt. Les valeurs que vous souhaitez promouvoir à travers la francophonie, vous nous l’avez confié et nous l’avons redit dans le petit film que nous venons de présenter, sont bien, telles que vous les dites, la liberté, l’égalité et la fraternité. Vous êtes conscients les uns et les autres de travailler à la promotion de la condition féminine. Vous êtes également conscients de travailler à une certaine laïcité même s’il ne s’agit pas nécessairement de copier des modèles occidentaux, au demeurant extrêmement différentes les uns des autres, mais peut-être d’inventer un chemin de laïcité acceptable par vos populations, vos peuples et vos cultures.

Vous êtes conscients aussi par votre action éducative de favoriser ce qu’on appelle une société inclusive. Nous sommes conscients que ce serait une erreur de laisser la culture arabe que nous respectons, que nous aimons, est-il nécessaire de rappeler que les premières imprimeries de langue arabe ont été créée par des chrétiens. Nous savons que les chrétiens ont une place déterminante dans la culture arabe mais nous pensons que ce serait une erreur de laisser la langue arabe avec disons-le seulement la langue anglo-saxonne. L’exposition récente à l’Institut du monde arabe à Paris, inaugurée par les deux présidents de la République française et libanaise, par la présence de nombreux évêques et patriarches, par le premier ministre irakien, et plus récemment par le premier Ministre français dans le prolongement que nous avons souhaité dans le nord de la France dans la ville de Tourcoing. Cette exposition a montré la place de la culture des chrétiens d’Orient dans le monde arabe.

Bien sûr n’en doutez pas j’admire la langue de Shakespeare mais elle ne doit pas être la seule langue de la mondialisation. Nous ne pouvons pas laisser la langue arabe et l’anglais dans un face à face stérile qui reflèterait un rapport de force, un pouvoir dominateur des uns sur les autres, qui envisagerait une globalisation au dépend d’un juste multilatéralisme auquel mon pays est attaché. Nous ne voulons pas d’une mondialisation qui ne serait qu’une anglo-saxonisation par exemple à travers les réseaux sociaux, une mondialisation qui serait alors violente, désolante et disons-le, presque exclusivement financière. La francophonie dépasse la France et d’une certaine manière la tire devant elle comme le soulignât le président de la République française monsieur Macron dans une allocution récente à l’Académie française. Vous savez peut-être aussi que notre président de la République est venu nous rencontrer avec les évêques français et qu’il a souligné beaucoup de belles choses dans son discours, en particulier le bon travail de l’Œuvre d’Orient, nous ne mesurons pas notre joie, notre plaisir de l’avoir entendu. Mais enfin la francophonie porte aussi le meilleur de l’idéal français, une ouverture à l’universel qui donne une légitimité au particularisme.

Chers amis, je vous l’avoue j’aime mon pays, et parfois je souffre quand j’entends des critiques à son encontre. Sa diplomatie est respectable et nous le savons bien, monsieur l’ambassadeur, certes elle peut être critiquée, les français aussi sont capables de critiquer leurs autorités, il n’y a pas qu’en Orient que cela se fait. Mais enfin lorsqu’on la critique il faudrait la connaitre et si on veut l’accuser de tous les maux il faudrait tout de même vérifier les faits. La laïcité française n’est pas le mépris du religieux et là aussi le président Macron l’a rappelé devant les évêques de France lundi dernier.

Savez-vous que les professeurs de l’enseignement catholique sont rémunérés par le gouvernement français ? Aussi si le gouvernement décide l’augmentation du salaire des professeurs nous n’y voyons pas d’inconvénients puisque c’est ce gouvernement lui-même qui l’assumera. Savez-vous que le gouvernement français est garant de service d’aumôneries dans les armées, dans les prisons, dans les hôpitaux et même dans les lycées publics. Moi qui suis un fils de l’enseignement public, dans mon lycée il y avait une chapelle avec des messes tous les matins et même des messes le dimanche, et il y en a toujours d’ailleurs.

Nous soutenons beaucoup d’établissement d’enseignement catholiques, certes avec des moyens modérés que nous aimerions plus importants, mais cependant avec passion. Nous sommes attentifs aux conditions concrètes qui permettent à ces établissements de remplir leur mission, sans cela notre soutient n’aurait aucun sens. Selon les pays les difficultés peuvent être juridiques, politiques, sécuritaires, discriminatoires ou financières. Nous ne sommes pas prêts à voir silencieusement et passivement des lois brutales remettre en cause des œuvres pluriséculaires qui sont au service de la population, des lois qui mettraient en cause la survie des écoles, les plus pauvres, et qui dresseraient les uns contre les autres les directions, les enseignants, et les parents d’élèves. Nous souhaitons peut-être travailler à la création d’un fond de soutient pour soutenir ces écoles mais cela ne peut remplacer la responsabilité inhérente au pouvoir public.

Toutefois la multiplicité des difficultés ne doit pas étouffer notre espérance, notre liberté et notre imagination, d’ailleurs elle ne l’étouffe pas. Nous sommes témoins de nombreuses initiatives qui marquent l’enseignement catholique francophone au Proche-Orient. Nous savons que vous avez le souci d’un véritable humanisme, ou personnalisme, que les plus évolués, les plus cultivés de nos populations cherchent et recherchent. Vous êtes importants pour justement soutenir cette quête des valeurs humanistes. Nous savons que vous avez le souci d’une société respectueuse de ces diversités, de ces minorités et aussi des plus pauvres, que souvent vous servez. Nous savons que vous avez le souci d’une éducation inclusive, ou l’enfant malade et handicapé a toute sa place, j’en ai encore eu l’exemple hier dans une école que j’ai visitée. Nous savons que vous avez le souci d’une vision de la société qui tourne le dos à la violence parce que chacun est reconnu dans la richesse qu’il porte. Nous avons besoin d’une vision de société pas simplement d’une gestion dans le court terme les 2, 3 années qui viennent. Mais quelle est notre vison pour les pays, pour les peuples du Proche-Orient, pour les 10, 20, 30 ans qui viennent. Peut-être que nous ne le verrons pas mais nous devons avoir cette perspective.

Je sais que vous avez le souci de transmettre aux générations, au-delà d’un savoir-faire et même au-delà d’une culture, des valeurs, un véritable goût de la liberté, de la confiance et un goût de l’action. Il serait criminel ici comme ailleurs de désespérer les nouvelles générations les plus jeunes. Les responsables politiques, culturels, religieux, économiques doivent se remettre en cause pour écouter la jeunesse. La jeunesse du monde entier le fera prochainement dans quelques mois autour du saint Père. Ecoutons la jeunesse pour lui laisser sa place, faute de quoi on abandonnera les nouvelles générations aux fondamentalismes les plus violents, les plus suicidaires.

La francophonie catholique ne doit pas être une francophonie oubliée. Elle n’est pas un témoin fossilisé du passé, elle n’est pas un instrument de pouvoir, elle est une composante à part entière de la civilisation du futur. Elle peut être fière d’elle-même, elle doit être respectée en particulier par ceux qui devaient la soutenir, elle est porteuse d’un projet pour l’homme et pour la société. Je souhaite que ce projet puisse s’expliciter, et être reconnu. Je sais que vous avez le désir de servir la rencontre des peuples, pas dans la terreur mais dans l’harmonie. Et je suis frappé par certaines de vos congrégations religieuses que je retrouve ici au Liban, mais également en Égypte, en Syrie, en Turquie, en Iran.

Vous êtes porteurs d’une rencontre entre les peuples et je crois qu’on devrait le faire savoir davantage. Vous avez le désir de servir la beauté de toute vie. Conscient que l’histoire de l’homme est une histoire sacrée. Que la terre ou il met ses pieds est un sanctuaire et Paul VI rappelait dans un discours célèbre que l’homme est sacré, de par son enfance qui est sacrée. Je sais que vous voulez servir le sens de la justice qui n’est pas simplement une histoire de crimes et de châtiments. Votre ouverture à l’universel me semble tout à fait essentielle, c’est l’ouverture aussi aux réalités méditerranéennes, et combien je regrette que l’union pour la Méditerranée ne soit pas plus développée. Je salue la présence du ministre des affaires étrangères de la principauté de Monaco.

Vous voulez servir le statut de la femme mais il n’y a pas qu’en Orient que cette question est essentielle, vous voulez servir la nature dans une saine écologie, vous voulez prendre votre part au développement humain parfois anarchique, foisonnant, et parfois inquiétant. Vous voulez servir tout ce qui est beau dans le cœur de l’homme, les difficultés ne doivent pas nous étouffer elles ne nous étouffent pas.

Je termine mon propos en relevant deux citations. La première est celle d’un révolutionnaire français qui a perdu la tête comme beaucoup de révolutionnaires français à cette époque et qui nous disait « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ». C’était Danton qui le disait à la Convention. Une autre citation de Guillaume d’Orange : « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ». Je vous remercie.


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