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Roumanie, un pays en transformation 1/3

19/04/2018

A Visua, minuscule village au nord du pays, comme figé dans le temps, avec ses charrettes menées par des chevaux, des maisons modestes, des routes en pierre, l’ancienne chapelle était devenue trop vétuste. Une nouvelle est en construction, financée par l’Œuvre d’Orient.

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Une vieille femme s’approche pour nous faire visiter cette petite chapelle où les gens se réunissaient pour prier malgré l’interdiction.

« La Securitate de la ville (la police communiste NDLR) de la ville d’à côté venait tout le temps pour nous empêcher de nous y réunir, mais dès qu’ils partaient, nous y allions en cachette » confie-t-elle dans un demi-sourire avec un mélange de malice et de souffrances mal cicatrisées.

La Roumanie est un pays déroutant. Modernité et ancestralité s’y côtoient, s’y croisent, interfèrent harmonieusement. Des autoroutes flambant neuves, des villes entières rénovées et restaurées avec goût et respect du patrimoine.  Des voitures cossues doublent des carrioles sur des routes parfaitement asphaltées ou bien au contraire des chemins de terre. La téléphonie mobile peine à franchir les faubourgs des villes, tout comme internet. On peut vite en garder une image idyllique, qui ne serait pas totalement erronée, du fait de l’hospitalité des Roumains et des paysages magiques. Mais il est un fait qui ne trompe pas, les jeunes ne pensent qu’à émigrer, malgré un taux de chômage très faible (moins de 5%), voire inexistant à Bucarest. Cependant un salaire mensuel moyen à 411€ et un salaire minimum à 250€, même si le coût de la vie est peu élevé, voire un des plus bas d’Europe, ne suffisent pas à freiner les envies d’ailleurs, et peut-être aussi laisser derrière soi un passé trop lourd.

 

Paroissienne de Visua

 

 

Pour Mgr Vasile Bisau, les plus grands défis de ce nouveau siècle sont le vieillissement de la communauté grecque catholique et l’émigration des jeunes.

« Imaginez-vous que 80% de la communauté gréco-catholique de Paris vient de notre diocèse ! Le curé de Tochol me disait qu’il y avait moins de baptême ici qu’à Paris. C’est le même problème pour les autres minorités du pays. ». La population roumaine est en effet à 80% de confession orthodoxe, les catholiques latins (autorisés sous le communisme) représentent environ 5%, tout comme les protestants (réformés, baptistes, pentecôtistes confondus), les gréco-catholiques et leurs 300.000 fidèles, soit 1,4 % de la population sont devenus marginaux, quand avant 1948, ils étaient plus d’un million et demi.

 

Eglise en construction, financée par l’Oeuvre d’Orient

Cette communauté n’en reste pas moins active dans le pays, notamment dans l’enseignement, avec des écoles de qualité, comme à Cluj Napoca, Bucarest, ou Oradea. De nombreux orphelinats aussi, bien loin de la terrible image de ceux découverts après la chute de Ceausescu, avec ces enfants affamés, laissés sans soin, ou même enchaînés. Rien de tel dans ces institutions, un cadre étudié pour que les enfants s’y sentent chez eux, un soin de chaque instant, un personnel attentif et compétent.

Comme dans la plupart des établissements catholiques à travers le monde, ils sont ouverts à tous, sans distinction d’appartenances religieuses ou d’origine. « De toutes façons, les enfants ne font pas de différences, ici, il y a quatre confessions différentes, mais pour eux, ça n’a pas d’importance » remarque Sr Maria, sœur du Cœur Immaculée, directrice de l’ensemble scolaire gréco-catholique de Bucarest, accueillant 800 élèves de 6 à 18 ans. Ici se côtoient des enfants des villages reculés (grâce à un internat), des enfants des rues livrés à eux-mêmes, que les sœurs de la congrégation sont allées elles-mêmes chercher, des enfants tsiganes très défavorisés et souvent rejetés. Pendant l’été, pour ne pas perdre le bénéfice acquis pendant l’année, l’établissement reste ouvert et fait office tout à la fois d’orphelinat, de centre aéré, et de cours de rattrapage.

 

Orphelinat

 

Dans le centre Pyramid pour jeunes autistes, où 40% du salaire des thérapeutes est pris en charge par l’œuvre d’Orient, le suivi, l’accompagnement, la recherche d’un soutien et d’une présence toujours plus utiles, rassurantes et constructives pour les enfants accueillis, par des psychologues et des éducateurs, sont tellement à la pointe que des étudiants européens en psychologie viennent s’y former. Leur but : amener ces jeunes atteints d’autisme à être indépendants. L’Etat ne finance pratiquement pas ce genre de structures, il délivre seulement l’agrément qui permet au personnel d’exercer et au bâtiment d’accueillir du public, suivant des règles strictes.

 

Centre Pyramid pour enfants autistes avec Mgr Vasile Bisau

 

A Cluj Napoca, les sœurs de la Mère de Dieu s’occupent d’un centre d’accueil pour enfants défavorisés, de la catéchèse, et du soin aux personnes âgées dont les plus vieilles sœurs entre 97 ans et 101 ans. Elles ont connu la prison, les persécutions, l’impossibilité de pratiquer leur culte. Elles sont la mémoire de la communauté.

« Elle sont les racines qui nous donnent la force pour l’apostolat quotidien » confie Sr Letitia d’un doux sourire, « elles sont des petits trésors fragiles, un peu cachés, qui s’offrent à nous chaque jour, toute cette vie intérieure donnée, ce qu’elles nous ont transmis et ont encore à nous transmettre est essentiel. Quand elles meurent, c’est comme si on perdait un membre de notre famille et un peu de notre mémoire.

 

Orphelinat

 

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