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Roumanie, Renaissance d’une Eglise, 2/3

15/05/2018

« C’est la foi de ma grand-mère qui a porté ma vocation. La foi des prières murmurées au coin du poêle. Le souvenir de ces années de terreur reste encore vif et douloureux. » confesse l’évêque grec-catholique de Bucarest.

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Soixante-dix ans ont passé depuis la prise du pouvoir du pays par le parti communiste, et la décision de celui-ci de faire disparaître l’Eglise gréco-catholique. Le 21 novembre 1948, toutes les églises sont prises de force aux communautés, une semaine plus tard, tous (12) les évêques sont arrêtés, ainsi qu’une grande partie du clergé. La pratique du culte sera désormais interdite.  Sept de ces évêques mourront en détention. Aujourd’hui en voie de béatification, leurs visages émaciés hantent toutes les portes des églises, toutes les paroisses gréco-catholiques.

Les quarante années de terreur, jusqu’à la chute de Ceausescu en 1989, sont loin d’être effacées. L’Eglise orthodoxe rechigne toujours à rendre les églises gréco-catholiques que le parti communiste lui avait « données ». Sur les deux mille églises confisquées, moins de deux cents ont été restituées. Dans ce climat tendu et défiant, il est bon de souligner l’attitude d’un métropolite orthodoxe, Mgr Nicolae Corneanu qui reconnaissait avec humilité en 1990 :  «La position de l’Église orthodoxe était d’accepter la réalité avec la conviction que le régime communiste durerait encore longtemps. J’ai été de ceux qui ont accepté de collaborer avec le pouvoir. C’est pour moi comme un poids énorme. J’éprouve une grande peine lorsque je pense à ce qu’il m’a été ordonné de faire à cette époque.». Il restitua immédiatement aux gréco-catholiques leur cathédrale, lors d’une grande procession à Timisoara. Mais son geste ne fut pas suivi par les autres prélats orthodoxes, et trente après, les gréco-catholiques roumains se livrent toujours à des batailles juridiques pour récupérer leurs églises, en construire de nouvelles, et faire vivre leurs paroisses clairsemées et décimées.

« Nous sommes très reconnaissants envers l’ancienne génération, nous devons continuer leur travail. Monseigneur Gheorge Gutiu, ancien évêque de Cluj Gherla, qui avait passé de nombreuses années en prison, se plaisait à dire que finalement c’était plus facile de vivre en prison qu’à l’extérieur où de nombreux défis sont à relever. »  note Mgr Vasile Bisau, évêque de Baia Mare, en Transylvanie, au nord de la Roumanie, où se situe la majeure partie de la communauté gréco-catholique. « Le soutien que nous apporte l’Œuvre d’Orient coïncide exactement avec nos préoccupations. La plupart des autres associations ne se soucient pas de construire ou de réhabiliter nos infrastructures pastorales. Mais nous ne pouvons pas mettre de côté cet aspect. Certaines petites communautés n’ont toujours pas d’églises. Des fidèles, convertis à l’orthodoxie, de gré ou de force, pendant les années noires, pourraient redevenir catholiques, mais ils ne veulent pas prier dans des maisons ou des hangars. Dans la mentalité locale, l’église en tant bâtiment est très important ».

De fait l’Œuvre d’Orient apporte un soutien financier à de nombreuses construction ou réhabilitation d’églises à travers tout le pays. Les prêtres, paroissiens et tous ceux de bonne de volonté parviennent à édifier, avec ingéniosité et des moyens limités, des nouveaux lieux de culte à partir d’une ancienne usine à gaz par exemple, dont la cheminée fera office de clocher.

Pas d’argent dépensé inutilement en faste et en dorure, les Roumains veulent avant tout un lieu pour prier, qui soit le leur. « L’œuvre d’Orient a été également très sensible à faire revivre les traditions et à financer beaucoup d’iconostases » souligne encore l’évêque. « Une aide précieuse a été aussi le financement des intentions de messes. Elles permettent de rémunérer les prêtres. Une partie de leur salaire est pris en charge par le gouvernement, mais guère plus que la moitié. La différence doit être compensée par les paroisses et peu de communautés peuvent soutenir cet effort. Les intentions de messes viennent compléter le salaire. C’est un souci permanent pour nous de les soutenir, ainsi que leurs familles ». En effet 80% des prêtres sont mariés, comme l’autorise le rite gréco-catholique, à condition qu’ils le soient avant leur ordination. Les évêques par contre doivent être célibataires.

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