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Religieuse, Baskinta, 2025
  • Proche & Moyen-Orient

Liban

Un équilibre à nouveau bouleversé

L'Œuvre d'Orient a soutenu 431 projets en 2025

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Mise à jour ; Septembre 2026

Dans cet article, vous découvrirez le lien qui unit L’Œuvre d’Orient avec les chrétiens du Liban, les communautés religieuses et plus largement à la population libanaise. L’Œuvre d’Orient entretient une relation particulière avec les chrétiens du Liban car au moment de sa création en 1856, elle s’appelait alors L’Œuvre des écoles d’Orient, le Liban était un des premier pays d’action.

Pourquoi agir maintenant?

  • Depuis mars 2026, la guerre entre le Hezbollah et Israël a repris au sud du pays. Plusieurs villages chrétiens et mixtes sont en première ligne, dont Ain Ebel, Debel et Rmeich.
  • Fragilisation des institutions à but non lucratif : L’Œuvre d’Orient a comptabilisé 150 millions de dollars d’impayés à 254 écoles, orphelinats et hôpitaux chrétiens à but non lucratif. Plus de 150 000 Libanais vulnérables en pâtissent chaque année.
  • Crise politique et effondrement financier depuis 2019, explosion du port de Beyrouth en 2020, fermeture prolongée des écoles, conflits armés depuis octobre 2023 : en sept ans, le pays n’a connu aucun répit, plus d’un 1,2 million de personnes ont été déplacés.

L'Œuvre d'Orient au Liban

L’Œuvre d’Orient soutient le Liban principalement dans trois domaines :

  1. Dans l’éducation, L’Œuvre d’Orient soutient le réseau des écoles chrétiennes. L’éducation est en grande partie tenue par des communautés religieuses. Celles-ci assument le rôle de service public dans ce domaine et sont en partie financées par l’État libanais, bien que des impayés importants aient été recensés par L’Œuvre d’Orient. Parmi ces congrégations soutenues, L’Œuvre d’Orient soutient notamment la congrégation maronite des Saints-Cœurs, celle des sœurs de la Sainte-Famille de Villefranche-de-Rouergue, l’ordre libanais maronite, et les diocèses. Ce soutien passe beaucoup par le Fonds des écoles d’Orient (FEO) financé à la fois par l’État français et par l’Œuvre d’Orient.
    En 2025, L’Œuvre d’Orient a mis en place un parrainage qui a permis à 1 052 enfants libanais d’être scolarisés.
  2. Dans le secteur social, L’Œuvre d’Orient finance de nombreux partenaires, comme Al-Kafaat et Arcenciel qui accompagnent des personnes en situation de handicap, ou bien l’association Reman qui aide les travailleuses domestiques, soumises au système de la kafala, à retrouver une dignité. L’association Libami, soutenue également par L’Œuvre d’Orient, aide des familles chrétiennes vulnérables du quartier de Nabaa à Beyrouth. Le Hope Center de Beyrouth a permis, quant à lui, le retour à l’emploi de 370 familles grâce à des micro-projets.
  3. Dans le domaine de la santé, L’Œuvre d’Orient soutient, par exemple, l’hôpital Geitawi, tenu par les Sœurs maronites de la Sainte-Famille, qui dispose du seul service de grands brulés du Liban, ou encore, le dispensaire Karagheusian dans le quartier arménien de Bourj Hammoud.

L’Œuvre d’Orient porte aussi une attention particulière à la préservation du patrimoine Libanais. Elle a, par exemple, participer au financement de la restauration de l’Eglise Mar Antonios de Deddé au Nord du Liban.

Lors de son premier voyage apostolique, en Turquie puis au Liban (30 novembre-2 décembre 2025), le pape Léon XIV a visité l’hôpital des Sœurs franciscaines de la Croix, le plus grand établissement psychiatrique du Liban, soutenu par L’Œuvre d’Orient. Un signe fort pour tous les Libanais.

En novembre 2025, L’Œuvre d’Orient a aussi publié un rapport sur les impayés de l’État libanais envers les établissements chrétiens privés à but non lucratif. (Cliquez ICI pour le lire)

Depuis mars 2026, l’association a déployé des convois humanitaires en soutien aux villages du sud touchés par la nouvelle offensive. Sur les trois dernières années, elle a équipé une centaine d’écoles en panneaux solaires, en apportant financement et expertise technique.

Le Liban demeure le premier bénéficiaire des fonds de L’Œuvre d’Orient, environ 30 % des fonds projets par pays.

Urgence réfugiés, Sœurs de la Sainte Famille, octobre 2024

Projet emblématique 2025

Bikfaya, un toit pour les déplacés

À Bikfaya, les Sœurs de la Sainte-Famille française ont ouvert un dortoir pour 150 personnes déplacées du sud Liban, de la Bekaa et de la banlieue sud de Beyrouth. L’Œuvre d’Orient a financé les matelas, les couvertures et le linge de maison.

Comprendre le Liban — la situation du pays

QUELQUES REPERES

Population

  • Langue officielle : arabe ; le français est largement pratiqué
  • Régime : république parlementaire. Président : général Joseph Aoun ; Premier ministre : Nawaf Salam. Le pouvoir est réparti entre les confessions : le président et le chef de l’armée sont maronites, le Premier ministre sunnite, le président du Parlement chiite. Depuis les accords de Taëf (1989), le Parlement est réparti à parité entre chrétiens et musulmans.
  • Part des chrétiens : environ 30 % de la population libanaise (estimation, faute de recensement officiel depuis 1932)
  • Autres confessions présentes : environ 32 % de musulmans chiites, 31% de musulmans sunnites, 5,5 % de druzes, ainsi que de petites communautés alaouite et ismaélienne.

Patriarches résidant au Liban

  • Catholiques :B. le cardinal Béchara Boutros Raï, patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient (Bkerké) ; S.B. Ignace Youssef III Younan, patriarche syriaque catholique d’Antioche (Beyrouth) ; S.B. Raphaël Bedros XXI Minassian, catholicos-patriarche arménien catholique de Cilicie (Beyrouth) ; S.B. Youssef Absi, patriarche grec-melkite catholique d’Antioche (siège à Damas, résidence patriarcale au Liban)
  • Orthodoxe :S. Aram Ier, catholicos arménien apostolique de la Grande Maison de Cilicie (Antélias)

 

LES CHRETIENS AU LIBAN

« Le Liban est plus qu’un pays : c’est un message de liberté et un exemple de pluralisme pour l’Orient comme pour l’Occident », disait le pape Jean-Paul II. Dix-huit communautés religieuses y vivent côte à côte depuis des siècles, dont 12 Églises chrétiennes reconnues par l’État, parmi lesquelles 6 sont rattachées à Rome. Le Liban est le seul pays du Proche-Orient où les chrétiens participent pleinement au pouvoir politique. Les maronites sont les plus nombreux (un peu plus de la moitié des chrétiens), suivis des grecs-orthodoxes (environ un quart) et des grecs-catholiques melkites.

L’Église catholique au Liban (tous rites confondus : maronite, melkite, arménienne catholique, syriaque catholique, chaldéenne, latine) est organisée en 24 diocèses (1 116 paroisses, 49 évêques, 1 564 prêtres, 270 séminaristes). Près de 2 500 religieux et religieuses, 145 missionnaires laïcs et environ 400 catéchistes œuvrent à la transmission de la foi. Les chrétiens gèrent un réseau social et éducatif considérable, ouvert à tous, sans distinction d’appartenance (ethnique, religieuse, sociale…). Le réseau chrétien d’enseignement scolaire, majoritairement francophone, accueille près de 430 000 élèves et étudiants dans plus de 900 structures, de la maternelle à l’université. Ils gèrent aussi 30 hôpitaux, 168 dispensaires, 39 maisons de retraite, 63 orphelinats et garderies, 22 centres pour la famille et 28 autres centres sociaux spécialisés.

La communauté arménienne, apostolique, catholique et protestante, est présente au Liban depuis longtemps, mais c’est le génocide de 1915 qui provoque l’arrivée massive des Arméniens. Aujourd’hui, elle est surtout présente à Bourj Hammoud, dans la banlieue de Beyrouth, et à Anjar, dans la Bekaa.

Le Liban a donné à l’Église plusieurs saints. Le plus connu est saint Charbel Makhlouf. Cet ermite d’Annaya, canonisé en 1977, attire chaque année des centaines de milliers de pèlerins, chrétiens comme musulmans qui viennent se recueillir sur son tombeau. Sainte Rafqa, religieuse canonisée en 2001, a offert pendant près de trente ans les souffrances de sa maladie. Le bienheureux Jacques Haddad (Abouna Yaacoub), capucin libanais béatifié en 2008, a consacré sa vie aux plus pauvres et aux malades délaissés. Il a fondé les Sœurs franciscaines de la Croix, qui tiennent aujourd’hui l’hôpital de la Croix visité par le pape Léon XIV. Le patriarche maronite Élias Hoayek, surnommé le « Père du Grand Liban » pour son rôle dans la naissance du pays en 1920, a été proclamé bienheureux en juillet 2026 à Dimane.

 

CONTEXTE ACTUEL

Une histoire mouvementée

Le « Grand Liban » naît en 1920, sous mandat français, après la chute de l’Empire ottoman. Le pays devient indépendant en 1943 ; le Pacte national répartit alors le pouvoir entre les communautés. De 1975 à 1990, une longue guerre civile ravage le pays. Les accords de Taëf (1989) y mettent fin et prévoient le désarmement des milices. Dans les faits, le Hezbollah a pu conserver ses armes, qu’il justifie par la défense du sud face à Israël. Suivent l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafiq Hariri (2005) et une guerre entre Israël et le Hezbollah (2006).

Sept ans de crises en cascade

En sept ans, le pays n’a cessé d’accumuler les crises. En 2019, le pays traverse une crise politique, économique et financière. En octobre de cette même année, un vaste mouvement populaire, la « thaoura », avait rassemblé des Libanais de toutes confessions contre la corruption. S’en suivent la crise sanitaire du Covid-19 puis l’explosion du port de Beyrouth en août 2020. Le 8 octobre 2023 marque la reprise des conflits entre Israël et le Hezbollah après 17 ans de calme relatif. Le conflit s’intensifie en septembre 2024 et déplace plus d’un million de personnes, venues du sud du pays, de la Bekaa et de la banlieue sud de Beyrouth.

Une nouvelle guerre au Sud-Liban depuis mars 2026

Une nouvelle escalade a commencé dans la nuit du 1er au 2 mars 2026 : après la mort du guide suprême iranien, le Hezbollah a tiré des roquettes sur le nord d’Israël. Les premières incursions israéliennes ont eu lieu dès le 3 mars.

Dès le 5 mars 2026, l’Assemblée des patriarches et évêques catholiques au Liban, réunie en session d’urgence à Bkerké, a publié une déclaration pour alerter sur le risque d’escalade régionale.

L’armée israélienne s’est emparée du château de Beaufort le 31 mai 2026, lieu symbolique qu’elle avait déjà pris en 1982.

Le 26 juin 2026, un accord-cadre a été conclu entre les États-Unis, Israël et le Liban. Depuis, le processus s’est enrayé : le huitième cycle de négociations, prévu à Rome, a été reporté. Le Hezbollah critique vivement ces négociations, et la population y place peu d’espoir.

Le 3 septembre 2026, l’armée israélienne a affirmé s’être emparée de la colline stratégique d’Ali Taher, qui domine Nabatiyeh, principale ville du Sud-Liban intérieur.

Israël justifie sa présence au Sud-Liban par la mise en place d’une zone tampon pour protéger sa frontière nord ; il exige le désarmement du Hezbollah et le contrôle de la zone par l’armée libanaise.

Au sud, la quasi-totalité de la population a été déplacée. Plusieurs villages chrétiens et mixtes restent en première ligne : leurs habitants ont choisi de rester par peur de ne jamais pouvoir revenir. Ils vivent sous un siège constant, ravitaillés par des associations et par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), présente depuis 1978. « Tant que nous serons là, cette terre restera libanaise », témoigne le père Toni Elias, prêtre maronite de Rmeich, où il ne reste plus que quelques familles chrétiennes. La fin de mandat de la FINUL prévue le 31 décembre 2026 fait peser une incertitude supplémentaire sur le maintien des chrétiens dans les villages du Sud.

En deux ans, le Liban a connu deux vagues de déplacement de plus d’un million de personnes chacune, en 2024 puis en 2026. Beaucoup de familles du Sud ont dû fuir deux fois.

En l’absence d’un État pleinement opérationnel, les acteurs confessionnels, associatifs et humanitaires, libanais comme internationaux, portent une part considérable de la réponse humanitaire. Or les besoins de retour, de reconstruction et de relèvement ne cessent d’augmenter, alors même que l’aide internationale recule dans le monde.

Atteintes au patrimoine éducatif

Le système éducatif libanais, déjà fragilisé par plusieurs années de crise, a été lourdement affecté par la reprise des hostilités.
Une évaluation menée en juin avec l’UNICEF recensait 340 établissements scolaires endommagés, dont 17 entièrement détruits, mettant potentiellement 100 000 enfants en risque de ne pas avoir de classe à la rentrée. Une actualisation publiée en octobre 2026 faisait état de 436 établissements endommagés ou détruits et de 86 enseignants tués ou blessés. Certaines écoles servent encore d’abris à des familles déplacées. La région du Sud concentre la partie essentielle de ces destructions.

Dans cette région, les écoles chrétiennes accueillaient pour l’année scolaire (2025-2026) près de 8000 élèves, chrétiens comme musulmans. Ces écoles comptent parmi les rares lieux de rencontre entre communautés.

Aujourd’hui, elles ont perdu entre 50 et 60% de leurs élèves depuis le début de la guerre en 2023. Par exemple les Pères Antonins à Qleyaa qui avaient, avant 2023, 200 élèves n’en n’ont aujourd’hui plus que 80. Leur fermeture ou leur destruction menace à la fois la continuité éducative et la cohésion sociale de la région. Or, les écoles sont une condition au retour des familles.

Plusieurs établissements ont été très durement touchés par la guerre :

  • L’école Sœur Antonine à Nabatiyeh ;
  • L’école des Filles de la Charité à Mreyjeh (banlieue sud de Beyrouth) qui comptait plus de 600 élèves en 2023 et en compte aujourd’hui 513 ;
  • L’école des Sœurs des Saints-Cœurs à Machghara (Békaa) qui comptait 402 élèves et qui n’en compte plus que 287 ;
  • L’école des Sœurs des Saints-Cœurs à Maarjayoun : qui comptait plus 530 élèves et qui n’en compte aujourd’hui plus que 321.

Pourtant, reconstruire matériellement ces écoles ne suffit pas. Après des cycles de conflits, de déplacements et de pertes, les enfants, les adolescents et les adultes qui les entourent (parents, enseignants, acteurs communautaires) portent des blessures psychologiques. Celles-ci affectent leur santé, leurs apprentissages, leurs liens familiaux et sociaux, et leur capacité à se projeter dans l’avenir. Il faut donc aussi accompagner les personnes. Les écoles, paroisses et structures locales, déjà des points d’ancrage, peuvent devenir des espaces d’écoute, de protection et de lien, pour reconstruire les personnes autant que les bâtiments.

Pertes humaines

 Les populations chrétiennes ont elles aussi été directement touchées par les pertes humaines. Des civils ont été tués dans les bombardements et les opérations militaires. Parmi eux, le père Pierre El Raï, prêtre maronite, tué le 9 mars à Qlayaa. Le 1er juin, un père, son fils et sa fille ont été tués dans leur véhicule sur la route Nabatiyé–Qlayaa, au retour d’un examen universitaire.

Un exode qui fragilise les communautés

Comme tous les Libanais, les chrétiens subissent de plein fouet une crise qui dure depuis sept ans. Ceux qui en ont les moyens partent vers l’Europe ou les États-Unis, ce qui affaiblit les communautés et les institutions qu’elles font vivre.

Sources :

Consultez ici le rapport complet sur les « Impayés de l’état libanais envers les institutions non étatiques à but non lucratif »

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